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Principe. On met les réactifs en présence, le plus souvent dans un montage à reflux. Il permet d'accélérer la transformation en chauffant, tout en évitant les pertes de matière : les vapeurs se condensent dans le réfrigérant et retombent dans le ballon.
À la fin, le ballon contient les produits, le solvant, le catalyseur éventuel et les réactifs restants : c'est le brut réactionnel.
Matériel. Ballon à fond rond, réfrigérant à boules, chauffe-ballon posé sur un support élévateur, potence et pinces, grains de pierre ponce ou billes de verre.
Exemple. La synthèse de l'éthanoate de 3-méthylbutyle (l'arôme de banane) : acide éthanoïque, 3-méthylbutan-1-ol et quelques gouttes d'acide sulfurique, chauffés à reflux une trentaine de minutes.
En vue des ECE
Si le produit est soluble dans le brut réactionnel : on réalise une extraction liquide-liquide à l'ampoule à décanter.
Si le produit est insoluble (il forme un précipité) : on réalise une filtration sous vide sur entonnoir Büchner, plus rapide qu'une filtration simple. On parle de filtration si l'on récupère la phase liquide, et d'essorage si l'on récupère le solide.
Exemples. L'arôme de banane est extrait de la phase aqueuse puis lavé à l'hydrogénocarbonate de sodium. L'aspirine, peu soluble dans l'eau froide, précipite quand on verse le brut réactionnel dans de l'eau glacée : on l'essore sur Büchner.
En vue des ECE
Si le produit est solide : on le purifie par recristallisation. On le dissout dans le minimum de solvant chaud, puis on laisse refroidir lentement : le produit recristallise, tandis que les impuretés, en faible quantité, restent dissoutes. On essore ensuite les cristaux et on les sèche. Le solvant est choisi pour que le produit y soit très soluble à chaud et peu soluble à froid.
Si le produit est liquide : on réalise une distillation fractionnée, qui sépare les liquides selon leur température d'ébullition, ou une chromatographie sur colonne. Dans la colonne à distiller, les vapeurs se condensent et se vaporisent de nombreuses fois : en haut de la colonne, il n'arrive que l'espèce la plus volatile. Tant qu'elle distille, la température lue en haut de la colonne reste constante (un palier), égale à sa température d'ébullition.
Exemples. L'aspirine brute est recristallisée dans un mélange eau-éthanol. Un mélange d'éthanol (78 °C) et d'eau (100 °C) peut être séparé par distillation fractionnée… jusqu'à 96 % d'éthanol environ, car le mélange forme ensuite un azéotrope, qui bout sans changer de composition.
En vue des ECE
Exemple. L'aspirine fond vers 135 °C. Sur une CCM, une tache à la hauteur de l'acide salicylique (le réactif) indique que le produit en contient encore.
En vue des ECE
Schémas de montage à connaître





Les facteurs cinétiques
Pour accélérer la transformation des réactifs, on peut jouer sur les facteurs cinétiques :
On peut enfin utiliser un catalyseur adapté.
Déplacer l'équilibre
On peut augmenter le rendement d'une transformation non totale en :
Dans les deux cas, on diminue le quotient de réaction $Q_r$, qui s'éloigne de $K$ : le système évolue de nouveau dans le sens direct pour l'atteindre. L'avancement final $x_\mathrm{f}$ augmente, et avec lui la quantité de produit formé et le rendement $\eta = \dfrac{n_\mathrm{exp}}{n_\mathrm{max}}$. On a déplacé l'équilibre dans le sens direct.
Attention
La température, ou un catalyseur, permettent d'atteindre l'état final plus vite, mais ne modifient pas (ou très peu) le rendement !
Animation interactive
Le rendement d'une estérification
Acide éthanoïque + éthanol $\ce{<=>}$ éthanoate d'éthyle + eau, de constante d'équilibre $K = 4$, en partant de 1 mol d'acide.
Exemple : l'appareil de Dean-Stark
Lors d'une estérification réalisée dans un solvant non miscible à l'eau (le cyclohexane, par exemple), l'appareil de Dean-Stark recueille l'eau au fur et à mesure qu'elle se forme : les vapeurs se condensent dans un tube gradué, où l'eau, plus dense, tombe au fond, tandis que le solvant retourne dans le ballon. Le rendement s'approche alors de 100 %. Voir la vidéo.
Autre exemple : un précipité qui force l'équilibre
On veut synthétiser un alcool par substitution d'un halogénoalcane par l'eau : $\ce{R-Cl + H2O <=> R-OH + H+ + Cl-}$. Problème : c'est une réaction limitée, et lente en plus.
Pour la rendre quasi totale, il suffit d'ajouter des ions argent $\ce{Ag+}$ : ils précipitent avec les ions chlorure, $\ce{Ag+(aq) + Cl-(aq) -> AgCl(s)}$. Cette réaction est très favorisée ($K \approx \pu{5,6E9}$, alors qu'on considère généralement une réaction comme totale dès que $K > 10^4$).
La concentration en ions chlorure s'effondre, donc $Q_r$ aussi : l'équilibre est déplacé dans le sens direct. En prime, les ions argent « arrachent » les ions chlorure aux halogénoalcanes, ce qui accélère la réaction.
Les halogénoalcanes étant peu solubles dans l'eau, on utilise plutôt un solvant mixte, eau-éthanol ou eau-acétone.
Une synthèse met en œuvre un ou plusieurs des cinq grands types de réaction suivants (une même réaction peut parfois appartenir à deux types à la fois). Ils peuvent modifier un groupe caractéristique, et donc changer la famille de la molécule, et/ou modifier la chaîne carbonée.
Schéma de transformation
Dans ce chapitre, on utilise souvent des schémas de transformation plutôt que des équations de réaction. Un schéma de transformation mentionne seulement l'espèce de départ et l'espèce cible, sans forcément traduire la conservation des éléments. On écrit les conditions opératoires (réactifs, catalyseur, solvant, température) au-dessus et au-dessous de la flèche.
Réaction d'oxydoréduction
Échange d'électrons : l'oxydant d'un couple $(\mathrm{Ox_1}/\mathrm{Red_1})$ réagit avec le réducteur d'un autre couple $(\mathrm{Ox_2}/\mathrm{Red_2})$.
Oxydation de l'alcool benzylique en acide benzoïque.
Réaction acide-base
Échange d'ion hydrogène : l'acide d'un couple $(\ce{AH_1}/\ce{A_1^-})$ réagit avec la base d'un autre couple $(\ce{AH_2}/\ce{A_2^-})$.
Transformation de l'acide benzoïque en ion benzoate.
Réaction de substitution
Un atome ou un groupe d'atomes, lié à un atome de carbone par une liaison simple, est remplacé par un autre : $\ce{R-X + Y -> R-Y + X}$. Il y a autant de produits que de réactifs.
Transformation du 2-chloro-2-méthylpropane en 2-méthylpropan-2-ol.
Réaction d'addition
Un atome ou un groupe d'atomes est ajouté sur une molécule qui possède au moins une liaison multiple (double ou triple). Il y a moins de produits que de réactifs.
$\ce{CH2=CH2 + H2 ->[\text{Ni}] CH3-CH3}$
Hydrogénation de l'éthène.
Réaction d'élimination
Un atome ou un groupe d'atomes est retiré d'une molécule, ce qui forme une liaison multiple. Il y a plus de produits que de réactifs.
Déshydratation du 2-méthylpropan-2-ol : la molécule éliminée est une molécule d'eau.
Entraînement
De quel type est cette réaction ?
Banques de réactions
Synthétiser une molécule cible à partir d'un précurseur nécessite souvent plusieurs étapes. Pour choisir la meilleure stratégie, on s'aide de banques de réactions : elles regroupent les informations sur la réactivité des espèces des différentes familles fonctionnelles, en précisant les conditions expérimentales dans lesquelles elles réagissent ou ne réagissent pas.
Protection et déprotection
Lorsqu'une espèce appartient à plusieurs familles fonctionnelles qui réagissent dans les mêmes conditions, on met parfois en place une stratégie de protection, transformation et déprotection : on rend un groupe caractéristique provisoirement inerte, on transforme l'autre, puis on régénère le premier.
Exemple : synthèse de l'acide lactique
On veut obtenir l'acide lactique (acide 2-hydroxypropanoïque) à partir du 2-hydroxypropanal :
On pense à une oxydation. Mais une banque de réactions indique que l'ion permanganate oxyde bien l'aldéhyde en acide carboxylique… mais aussi l'alcool en cétone, ce que l'on veut éviter :
Il faut donc protéger le groupe hydroxyle (en le transformant en éther benzylique), oxyder, puis déprotéger :
Ph désigne le groupe phényle $\ce{C6H5-}$. La dernière étape, une hydrogénolyse, coupe la liaison entre l'oxygène et le groupe benzyle, et régénère le groupe hydroxyle.
Exercice 1 : allonger une chaîne carbonée
Proposer une séquence de réactions permettant de synthétiser, à partir de l'alcène ci-dessous et de méthanal, l'alcool cible :
Extraits d'une banque de réactions :
L'hydratation place le groupe –OH sur le carbone le plus substitué de la double liaison, puis HBr le remplace par un atome de brome. L'organomagnésien obtenu réagit sur le méthanal ($\ce{H2C=O}$), ce qui ajoute un groupe $\ce{-CH2OH}$ à la chaîne : c'est une étape qui modifie la chaîne carbonée.
Exercice 2 : faut-il protéger ?
La séquence suivante peut-elle conduire à l'espèce cible ? Si non, proposer une modification.
Extraits d'une banque de réactions :
Non : LiAlH₄ réduit à la fois l'ester et la cétone. On obtiendrait un diol :
Il faut protéger la cétone sous forme d'acétal, réduire l'ester, puis déprotéger :
Définition
Lors d'une réaction de polymérisation, de nombreux monomères réagissent entre eux pour former un polymère.
Exemple : l'acide polylactique (PLA)
Un acide carboxylique réagit avec un alcool, en milieu acide, pour former un ester et de l'eau. Or l'acide lactique possède à la fois un groupe carboxyle et un groupe hydroxyle : il peut réagir avec lui-même, et les molécules s'enchaînent en formant des liaisons ester.
Les trois premiers maillons de la chaîne. L'unité de répétition est $\left[\ce{-O-CH(CH3)-CO-}\right]_n$.
Biosourcé (on le fabrique à partir de l'amidon du maïs ou de la canne à sucre), le PLA sert à fabriquer des emballages, des gobelets ou du fil pour imprimante 3D.
Le PLA est souvent présenté comme biodégradable : c'est vrai, mais surtout en compostage industriel, à plus de 50 °C. Dans la nature ou dans un composteur de jardin, il se dégrade très lentement.
La chimie verte
Les 12 principes de la chimie verte (Anastas et Warner, 1998) guident la conception de synthèses plus respectueuses de l'environnement et plus sûres : prévenir les déchets plutôt que les traiter, maximiser l'économie d'atomes, utiliser des produits et des solvants moins toxiques, économiser l'énergie, utiliser des matières premières renouvelables, préférer les catalyseurs, concevoir des produits dégradables, etc.

Économie d'atomes
$$\mathrm{EA} = \frac{M(\text{produit recherché})}{\sum M(\text{réactifs})}$$
Exercice : deux voies de synthèse de l'éthanoate de butyle
Voie 1 : acide éthanoïque et butan-1-ol, avec de l'acide sulfurique concentré, 30 min à 120 °C, rendement 50 %.
Voie 2 : anhydride éthanoïque et butan-1-ol, sans catalyseur, 20 min à 60 °C, rendement 90 %.
Comparer ces deux voies en termes d'économie d'atomes, de déchets, de consommation d'énergie, de toxicité et de rendement.
Masses molaires (en g/mol) : acide éthanoïque 60,0 ; butan-1-ol 74,1 ; anhydride éthanoïque 102,1 ; éthanoate de butyle 116,2.
| Voie 1 (acide) | Voie 2 (anhydride) | |
|---|---|---|
| économie d'atomes | $\dfrac{116{,}2}{60{,}0 + 74{,}1} = 87\ \%$ | $\dfrac{116{,}2}{102{,}1 + 74{,}1} = 66\ \%$ |
| sous-produit | eau | acide éthanoïque |
| énergie | 120 °C pendant 30 min | 60 °C pendant 20 min |
| sécurité | acide sulfurique concentré, très corrosif | pas de catalyseur (l'anhydride est toutefois irritant) |
| rendement | 50 % | 90 % |
Aucune voie n'est meilleure sur tous les critères : la voie 1 a une meilleure économie d'atomes (son seul sous-produit est l'eau), mais la voie 2 consomme moins d'énergie, évite l'acide sulfurique concentré et donne un bien meilleur rendement. Son sous-produit, l'acide éthanoïque, peut en outre être récupéré et valorisé. C'est souvent ainsi : l'« écoresponsabilité » d'une synthèse se juge sur l'ensemble des critères.