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Forcer le sens d'évolution d'un système : c'est ce que fait l'électrolyse, l'opération inverse de la pile.

Évolution forcée

Définition

Lors d'une évolution forcée, un système chimique évolue dans le sens inverse de son évolution spontanée. Le quotient de réaction s'éloigne alors de la constante d'équilibre.

QrQr,i1K(T)Qr,i2évolution spontanéeévolution spontanéeévolution forcéeévolution forcéespontanée : Qᵣ se rapproche de K · forcée : Qᵣ s’éloigne de K

Pour un même système, selon la position du quotient de réaction initial par rapport à $K(T)$, l'évolution spontanée rapproche $Q_r$ de $K$ ; une évolution forcée l'en éloigne, ce qui exige un apport d'énergie extérieur.

Électrolyse

Définition

Dans le cas d'une oxydoréduction, on peut forcer le sens d'évolution d'un système en imposant le sens du courant électrique grâce à un générateur. La transformation s'appelle alors une électrolyse.

À retenir

L'électrolyse est une conversion d'énergie électrique en énergie chimique : c'est l'inverse d'une pile.

L'électrolyseur

On réalise une électrolyse grâce à un électrolyseur, constitué de deux électrodes plongeant dans un électrolyte (solution ionique) et reliées à un générateur de courant continu, qui impose le sens de déplacement des électrons.

  • L'électrode où se déroule la réduction est la cathode. Elle est reliée à la borne $\ominus$ du générateur, qui lui fournit des électrons.
  • L'électrode où se déroule l'oxydation est l'anode. Elle est reliée à la borne $\oplus$ du générateur, qui lui prend des électrons.
PileÉlectrolyseur
sens d'évolutionspontanéforcé
conversion d'énergiechimique → électriqueélectrique → chimique
cathode (réduction)pôle $\oplus$reliée à la borne $\ominus$ du générateur
anode (oxydation)pôle $\ominus$reliée à la borne $\oplus$ du générateur

Les noms des électrodes sont liés à la réaction qui s'y déroule, pas à leur polarité : l'animation suivante le montre sur la pile Daniell.

Animation interactive

De la pile à l'électrolyseur : un générateur en opposition

On branche la pile Daniell (tension à vide 1,10 V) sur un générateur de tension réglable $U_\mathrm{G}$, borne $\oplus$ du côté du cuivre.

intensité du courant :

Remarquez que l'électrode de cuivre reste le pôle $\oplus$ dans les deux cas : c'est son nom (cathode ou anode) qui change, avec la réaction qui s'y déroule. Recharger un accumulateur, c'est exactement cela : lui imposer, avec un chargeur, le sens inverse de son fonctionnement en pile.

Étude quantitative

Pendant une durée $\Delta t$, le générateur de courant continu délivre un courant d'intensité $I$. La charge électrique transférée peut s'écrire de deux façons :

Charge et intensité

$$Q = I\times \Delta t$$

$Q$ en C, $I$ en A, $\Delta t$ en s

Charge et quantité d'électrons

$$Q = n(\mathrm{e^-})\times N_\mathrm{A}\times e=n(\mathrm{e^-})\times \mathcal{F}$$

$n(\mathrm{e^-})$ en mol$e = \pu{1,60E-19 C}$, $N_\mathrm{A} = \pu{6,02E23 mol-1}$$\mathcal{F}=$ $\pu{9,65E4 C*mol-1}$

Méthode : de l'intensité à la quantité de produit

  1. Calculer la charge transférée : $Q = I\times\Delta t$.

  2. En déduire la quantité d'électrons échangés : $n(\mathrm{e^-}) = \dfrac{Q}{\mathcal{F}}$.

  3. Utiliser la demi-équation de l'électrode pour relier $n(\mathrm{e^-})$ à la quantité de produit formé (par exemple, $\mathrm{Cu^{2+}} + 2\,\mathrm{e^-} \rightarrow \mathrm{Cu}$ donne $n(\mathrm{Cu}) = n(\mathrm{e^-})/2$).

  4. Convertir en masse ($m = n\times M$) ou en volume de gaz ($V = n\times V_\mathrm{m}$).

Exemple 1 : électrolyse de l’eau

Les réactions aux électrodes (en milieu acide)

  • à la cathode (réduction) : $\ce{2 H+ + 2 e- -> H2}$ ;
  • à l'anode (oxydation) : $\ce{2 H2O -> O2 + 4 H+ + 4 e-}$.

Bilan : $\ce{2 H2O -> 2 H2 + O2}$. Cette réaction est l'inverse de celle qui a lieu, spontanément, dans une pile à hydrogène.

H₂cathodeO₂anodeV(H₂) = 2 × V(O₂)

Pour 4 électrons échangés, il se forme 2 molécules de dihydrogène et une seule de dioxygène : le volume de dihydrogène recueilli est le double de celui de dioxygène.

Exercice

On électrolyse de l'eau acidifiée pendant 10 minutes, avec un courant d'intensité $I = \pu{1,0 A}$. Quels volumes de dihydrogène et de dioxygène recueille-t-on ? On prendra $V_\mathrm{m} = \pu{24 L*mol-1}$.

RéponseVoir la résolution
  1. $Q = I\times\Delta t = 1{,}0\times 600 = \pu{6,0E2 C}$.

  2. $n(\mathrm{e^-}) = \dfrac{Q}{\mathcal{F}} = \dfrac{6{,}0\times10^{2}}{9{,}65\times10^{4}} = \pu{6,2E-3 mol}$.

  3. À la cathode, 2 électrons donnent une molécule de $\ce{H2}$ : $n(\ce{H2}) = \dfrac{n(\mathrm{e^-})}{2} = \pu{3,1E-3 mol}$, soit $V(\ce{H2}) = n\times V_\mathrm{m} = \pu{7,5E-2 L} = \pu{75 mL}$.

  4. À l'anode, 4 électrons libèrent une molécule de $\ce{O2}$ : $n(\ce{O2}) = \dfrac{n(\mathrm{e^-})}{4} = \pu{1,6E-3 mol}$, soit $V(\ce{O2}) \approx \pu{37 mL}$, bien la moitié du volume de dihydrogène.

Pour aller plus loinL'hydrogène, une façon de stocker l'électricité

Aujourd'hui, l'essentiel du dihydrogène est produit à partir de gaz naturel, en émettant du dioxyde de carbone. Produit par électrolyse de l'eau avec de l'électricité renouvelable, il devient un moyen de stocker cette électricité sous forme chimique, que l'on récupère ensuite dans une pile à combustible. Le rendement de l'aller-retour reste toutefois modeste : une grande partie de l'énergie est perdue sous forme de chaleur.

Voir la vidéo sur l'électrolyse de l'eau et la pile à hydrogène.

Exemple 2 : cuivrage d’un métal

Le principe

Pour recouvrir un objet métallique d'une fine couche de cuivre, on le relie à la borne $\ominus$ du générateur : il devient la cathode, où les ions cuivre de l'électrolyte sont réduits et se déposent. Une plaque de cuivre, reliée à la borne $\oplus$, sert d'anode : elle est oxydée et renouvelle les ions $\mathrm{Cu^{2+}}$ de la solution. C'est le principe de la galvanoplastie, qui sert aussi à dorer, argenter ou chromer des objets.

(Cu²⁺ ; SO₄²⁻)cuivreobjet−+cathode ⊖anode ⊕Cu²⁺ + 2 e⁻ → Cu (dépôt)Cu → Cu²⁺ + 2 e⁻

Animation interactive

Quelle masse de cuivre se dépose ?

Donnée : $M(\ce{Cu}) = \pu{63,5 g*mol-1}$. La masse déposée est proportionnelle à l'intensité et à la durée : c'est la loi de Faraday.

  Voir une expérience de cuivrage

Pour aller plus loinL'électrolyse dans l'industrie
  • L'aluminium est produit par électrolyse de l'alumine dissoute dans de la cryolithe fondue, vers 950 °C (procédé Hall-Héroult, 1886). Il faut environ 13 à 15 kWh d'électricité par kilogramme d'aluminium : c'est pourquoi les usines s'installent près des barrages hydroélectriques, et pourquoi le recyclage de l'aluminium, qui ne demande qu'environ 5 % de cette énergie, est si intéressant.
  • Le dichlore et la soude sont produits ensemble par électrolyse d'une solution de chlorure de sodium (procédé chlore-alcali).
  • Le cuivre très pur des câbles électriques est obtenu par électroraffinage : l'anode est du cuivre impur, qui se dissout ; seul le cuivre se redépose, pur, à la cathode.
  • Les accumulateurs (lithium-ion, plomb…) sont rechargés par électrolyse.